Je comptais sortir de ma torpeur blog(u ?)esque pour vous livrer mes indispensables et o combien precieux commentaires sur les photos du 5e jour en Chine (ou pas), mais finalement, ca attendra demain ("demain est un autre jour", on verra ca donc... un autre jour, cqfd).
Car ce matin, ce qui m'importe est une petite anecdote de boulot (hooo du lolotage) tendant a apprecier le fait que les patrons coreens, comme tous les patrons du monde, sont avant tout... des patrons.
Apres la journee harassante (enfin a Seoul) d'hier, terminee a minuit, je me rentre bien tranquille, me cale dans un lit douillet pas trop loin du boulot, pour me reveiller a 9h. Officiellement, j'ai le droit de venir a 11h, mais il se trouve qu'une reunion prevue a 10h va m'obliger a faire un petit effort. Il faut dire que cette reunion m'est notamment adressee, et presentee par Al Capone, le compere de toujours, je lui dois bien ca.
Apres un bon petit mac muffin, j'arrive au boulot vers 10h et des petites brouettes, pour aller a cette fameuse reunion. Premier effet kisskool : il y a de la populace. Alors que je pensais qu'on serait une petite dizaine, il y a bien 30 personnes dans la salle de reunion, dont le vice-patron et un autre big boss.
Je m'installe par terre, et j'ecoute. Ca nous explique un nouveau systeme a integrer a notre process de developpement, un machin qui somme toute a l'air plutot utile, car permettant d'integrer tout le boulot de communication entre les equipes dans notre logiciel de programmation. Pour les programmeurs, c'est top, on n'a plus qu'un seul logiciel a ouvrir de la journee, a peine besoin de mater les mails (surtout que notre systeme mail pompeusement appele "groupware" est une grosse merde, surtout pour quelqu'un qui a vaguement etudie le concept pendant 3 ans). Bref, un outil plutot sympa qui assiste les echanges d'info et dont on nous explique l'utilisation (etape finale dans la mise en place d'un logiciel : l'explication technique a ceux qui vont l'utiliser).
Et la, c'est le drame : le vice-patron nous fait une sortie.
"Mais, a quoi ca sert qu'on change le process de rapport de bug ?" ... Petit silence gene, Al ne perd pas sa contenance, lui explique que ca peut servir aussi a pas mal d'autres trucs, comme verifier qui fait quoi, ou on est sur le boulot, etc...
Incomprehension du patron, qui enchaine sur une autre question, et la tout s'emballe. Le big boss, la japonaise, le chef punk, Al capone, tout le monde essaie de lui expliquer qu'il est completement a cote de la plaque (comme un patron qui reste trop loin des affaires courantes), notamment lors de son memorable "Mais faudrait peut-etre reflechir a pourquoi on change et comment on change avant !", ce a quoi Al capone ripostera en montrant la presentation qu'il a fait 2 mois plus tot a la Patronne, ainsi que tout le process de reflexion et de preparation qui est en route depuis ! Le tout en parfaite calmitude (je n'aurais jamais tenu a sa place...)
Finalement, comme un capitaine qui sent que la tempete va l'emporter alors que son equipage semble parfaitement gerer la baraque, il tente de s'accrocher a tout ce qui passe, finissant par dissoudre la reunion avec un truc du genre "ha bah voila il est 10h30, tout le monde est tres occupe est t'as pas ete foutu de finir dans les temps"... resultat : 5 minutes utiles sur 30 monopolisees par le vice-patron.
...
Et c'est ainsi que 30 minutes plus tard, tout le monde se retrouve pour la reunion mensuelle du vice-patron (encore lui !), ces fameux eventements que j'aime a appeler (affectueusement ou pas) les "reunions bullshit".
Ces fameuses reunions censees remonter un staff, renforcer l'esprit d'equipe, forger une culture d'entreprise, factoriser les forces vives et transversaliser les process... Bref, ce genre de petite cuisine de manager qu'il vaut mieux ne pas connaitre pour l'apprecier pleinement, sans quoi ca ressemble a un hamburger apres 2 mois a trimer chez mac do : de l'huile.
C'est ainsi que pendant 1 heure, le vice patron et un nouvel arrivant (une sorte de consultant), vont nous debiter tout un tas de truc sur la base "comment devenir riche ?" (pour le vice patron, ca serait plutot "comment rendre l'entreprise riche ?"). On aura donc droit a des exemples magnifiques, allant de George Lucas a Clint Eastwood et Morriccone, en passant par Aerosmith. Des theories a la limite du progres scientifique genre "si on fait 1000 won + 1000 won + 1000 won, ca fait plus d'argent que 1000 won" (sic)... Bref, du bullshit, du gros du lourd comme je les aime.
D'ailleurs, a chaque fois que j'entends ce genre de discours, que je vois les "grandes phrases" des papes (non non, pas Benoit, Jean Paul ou Pie. Plutot Henry Ford, Frederick Winslow Taylor, voir Ken Kutaragi (!) ) encadrees et placardees au mur, je me pose toujours la question : "mais, ca fonctionne vraiment ca ?". Je suppose que oui d'une certaine facon, sinon ca serait pas la, mais j'ai toujours un doute.
Une chose est sure, en tout cas, le bullshit ca paie son repas le midi dans un buffet cher, et donc si il faut, je veux bien reprendre. Mais pas trop, je ne voudrais pas risquer l'indigestion...
ps: et non, pas de photo, ceci est un article destine a "l'amicale des cadres en mal de reconnaissance (et en bois)" . Membres du "Club des mangeurs d'encre", je t'invite a imprimer cet article et a en faire un joli petit avion en papier.
pps: le rien a voir du jour, nous aimons les Ameriques et elles nous le rendent bien.
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